« MON TDA, MA FORCE! »

« MON TDA, MA FORCE! »

Il y a 18 ans, une professeure de français mentionnait à ma mère que j’étais stupide et que dans le meilleur des cas, je ferai un métier qui fait appel à mes mains (qui ne demande pas de réfléchir). Pourtant, tous les métiers que j’envisageais (en relation d’aide aux enfants) nécessitaient au minimum un passage de 3 ans à l’université.

Il y a 8 ans, je recevais (enfin) un diagnostic de TDA.

Il y a maintenant 3 ans, j’accueillais, avec beaucoup de fierté, le dernier de mes diplômes qui marquait la fin de mes études.

Il y a deux ans, je perdais mon emploi, malgré les excellents résultats que j’obtenais avec mes élèves et les liens forts que je créais avec les parents des apprenants avec lesquels je travaillais, ne me conformant pas à la politique attendue par la direction de l’école où je travaillais à laquelle je ne croyais pas.

Il y a un an, je mettais en place ma première liste d’attente qui n’a cessé de croitre depuis.

Aujourd’hui, en dehors de mon rôle de maman, je suis orthopédagogue en pratique privée. J’ai ouvert mon propre bureau sur Le Plateau Mont-Royal, je suis conférencière, rédactrice d’articles et j’offre du coaching parental aux parents des élèves que je suis.

Je suis heureuse de constater que mon parcours inspire la plupart de mes élèves que je rencontre.

C’est la raison pour laquelle je souhaitais partager quelques-unes des grandes lignes de mon expérience. En effet, j’ai à cœur de vous démontrer à vous, parents d’élèves et à vous, acteurs du monde de l’éducation, que même si la découverte d’un trouble neuropsychologique n’est jamais une fête dans le cœur des adultes responsables d’enfants, elle peut être un immense privilège…

 

Qu’est-ce que m’apporte mon TDA dans mon quotidien?

 

De la créativité

La créativité est mon talent inné le plus développé.

Quel avantage cela représente, lorsqu’il s’agit de trouver des solutions à des problèmes et de développer des stratégies!

 

L’aisance à parler en public

J’ai constaté, au cours des différents suivis avec mes élèves, que les personnes atteintes d’un TDA/H avaient une très grande facilité à s’exprimer en public et à réunir les gens lors d’échanges.

En effet, la plupart des personnes atteintes d’un TDA/H n’ont pas de filtre (elles sont connues pour être spontanées et impulsives), ce qui leur permet d’être à l’aise dans n’importe quelle situation et de ne jamais se laisser impressionner par une hiérarchie.

 

La connaissance de soi

Connaître ses difficultés profondes, c’est aussi devoir mettre en place des stratégies compensatoires, en attendant de progresser dans ses défis, ce qui passe par la connaissance de soi et par la mise en œuvre de méthodes de travail qui respectent notre manière de concevoir/d’interpréter le monde.

 

La tolérance à l’effort

J’ai travaillé si fort afin de terminer mon parcours scolaire que plus rien ne me fait peur, quand il s’agit de mettre en place les moyens d’atteindre mes rêves, aussi fous soient-ils.

 

Une hypersensibilité émotionnelle

Mon empathie et ma compassion me permettent de comprendre avec une grande aisance les situations vécues par mes clients, ce qui me permet de leur proposer des plans de réussite adaptés à leurs besoins de façon très ciblée.

Cela se transpose dans n’importe quel emploi et, bien sûr, dans n’importe quel rôle (celui de maman, d’ami, de conjoint…).

 

Le développement d’outils

Je suis entrée en maternelle quand j’avais 3 ans. J’ai quitté le système scolaire lorsque j’avais 25 ans. Vous pouvez facilement imaginer le nombre d’outils que j’ai pu développer et que je transmets aujourd’hui aux apprenants que je rencontre.

 

Bien d’autres qualités que chacun expérimente à sa façon, selon les obstacles rencontrés, notre personnalité et notre bagage…

La tolérance à la frustration, le sens de l’organisation et l’adaptabilité en sont quelques exemples.

 

Quelles sont les phases par lesquelles passe un parent d’élève à la découverte d’un diagnostic mettant en évidence des défis neuropsychologiques chez son enfant?

 

À titre informatif, bien que chaque cas soit différent (étant donné qu’on parle-là de réactions humaines), voici les stades par lesquels les parents d’enfants apprenant un diagnostic passent, selon la recherche :

 

État de choc

Parents confus, émotions vécues intenses ou encore absence apparente d’émotions

« Je me sens perdu. J’ai l’impression d’avoir pris une claque! »

 

Négation

Phase de déni, pique d’anxiété et consultation de divers spécialistes à des fins de comparaison d’opinion

« Ces spécialistes ne comprennent rien à mon enfant! »

 

Désespoir

Chagrin, épuisement émotionnel, impression de perdre le contrôle, voire affects dépressifs

« Je ne sais plus quoi faire! Nous n’avançons plus… Je baisse les bras! »

 

 

Détachement

Étape intermédiaire où les émotions deviennent peu à peu moins intenses et moins envahissantes dans le quotidien

« Nous trouverons bien des solutions… Nous allons prendre le temps de digérer tout cela. »

 

Acceptation

Reconnaissance des défis rencontrés par l’enfant et appropriation de l’appellation résumant ceux-ci, adaptation et sain retour à l’équilibre

« J’ai compris que mon enfant vivait des difficultés. Maintenant, allons de l’avant et outillons-le pour qu’il puisse exprimer le meilleur de qui il est vraiment! »

 

Bhérer (1993, p. 69).

 

N’attendez pas de passer par l’ensemble de ces émotions avant de consulter un spécialiste.

Vous pouvez très bien passer de l’état de surprise à l’apprentissage du diagnostic à la réorganisation (également appelée par les scientifiques l’« acceptation ») qui est l’étape nécessaire au bien-être de tout enfant à besoins particuliers ainsi qu’à sa famille qui se fait un devoir de le soutenir.

 

Quelques ressources…

 

 

Consulter un orthopédagogue, afin de permettre à son enfant de développer des stratégies pertinentes dès le plus jeune âge

Rencontrer un psychologue, pour travailler l’estime de soi et la gestion de l’anxiété

Inscrire son enfant à un club de sport et/ou lui apprendre à faire de la méditation, afin de canaliser son énergie et de faire le vide après un effort intense (journée d’école, devoirs, gestion d’un évènement stressant, etc.)

Suivre son intuition de parent, comme je le dis toujours, car vous savez ce qui est bon pour votre enfant, l’ayant mis au monde et le connaissant mieux que n’importe quel spécialiste ne le connaitra

 

 

Conclusion

 

Ainsi, en 2018, il n’est plus d’actualité, étant donné l’évolution des mentalités, grâce à l’accès à l’information, de craindre ce genre de diagnostic et de perdre ses moyens dans ce genre de situation.

En effet, en s’outillant de professionnels compétents et de confiance, il ne peut s’agir, malgré la grande adaptation que cela demande dans les premiers temps, que de l’occasion de vivre une aventure unique, extrêmement enrichissante et, à mes yeux, de toute beauté.

Merci à tous mes élèves TDA/H de m’avoir inspiré cet article et merci à ma maman de m’avoir permis de m’assumer comme étant qui je suis et de m’avoir cassé les pieds tout au long de mon parcours scolaire, pour que je réussisse ma vie : c’est-à-dire que je vive de mes passions, dans mes valeurs, entourée de personnes inspirantes qui m’acceptent et m’aiment comme je suis dans toute mon entièreté.

À tous les parents d’enfants de tous âges et à moi-même, mère d’un enfant de deux ans : n’oublions jamais que ce ne sont pas les esprits qui se conforment qui changent le monde… Walt Disney en est un parfait exemple!

 

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Bibliographie

 

BHÉRER, M. (1993). La collaboration parents-intervenants.

Guide d’intervention en réadaptation. Boucherville, Québec : Gaëtan Morin Éditeur